Qui sont-ils ?

Le terme « gens du voyage » est une appellation administrative mise en place en 1972 pour désigner une population hétérogène qui réside habituellement en abri mobile terrestre. La loi du 3 janvier 1969 et le décret du 31 juillet 1970, précisent que ce sont des personnes sans domicile ni résidence fixe, circulant en France ou exerçant des activités ambulantes.

Dans la loi française, cette notion ne comporte aucune connotation ethnique ou communautariste, conformément aux principes constitutionnels de la Vème République.

L’article 1er de la Constitution prévoit que la France « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Le conseil constitutionnel réaffirme le refus de reconnaitre l’origine et la race comme catégorie. Le droit n’admet donc aucune définition identitaire qui exprimerait la culture d’une fraction du peuple, autorisant celle-ci à revendiquer à ce titre des droits spécifiques. Cependant différentes lois définissent une différence de traitement et de droits : les gens du voyage, de nationalité française, se voient appliquer un droit distinct des autres citoyens français.

Les personnes en possession d’un titre de circulation relèvent de la loi n° 69-3 du 3 janvier 1969 (dont le décret n° 70-708 du 31 juillet 1970 en précise les modalités de mise en œuvre), relative à l’exercice des activités ambulantes et au régime applicable aux personnes circulant en France sans domicile ni résidence fixe.

Sous la dénomination commune de « gens du voyage » se retrouve donc un ensemble de groupes de traditions, d’histoires et de religions souvent différentes qui s’auto-désignent Voyageurs, Roms, Gitans, Manouches ou Yéniches et qui rassemblent entre 400 000 et 500 000 personnes en France.

Itinérants ou plus sédentaires, la quasi-totalité des gens du voyage vivant en France est de nationalité française et se distingue à ce titre, malgré l’amalgame qui trop souvent est encore fait, des populations venues des pays de l’est de l’Europe pour fuir leur pays et chercher de meilleures conditions de vie.

De même, bien qu’étant installées parfois depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, ces populations sont méconnues des sociétés avec lesquelles elles partagent l’espace social et ne laissent jamais indifférents : elles intriguent, suscitent parfois la fascination et, dans bien des cas, sont confrontées à un important rejet.

Voyageurs et sédentaires

Le voyage est la base du mode de vie des Gens du Voyage. Toute vie est fonction du voyage et autour du symbole du voyage qu’est la caravane.

« Le voyage est un symbole et un honneur : nous sommes Voyageurs » est une détermination identificatoire nécessaire et suffisante dans la bouche de celui qui la prononce, pour tout expliquer ».

Jean-Pierre LIEGEOIS, Tsiganes et Voyageurs,
données socioculturelles, données sociopolitiques, Strasbourg,
Conseil de la Coopération Culturelle, Conseil de l’Europe, 1985

Le voyage permet ainsi de laisser derrière soi les difficultés. Pour la majorité, le voyage représente la liberté. Il est à la base du mode de vie et en est le symbole ; il induit des pratiques et entretient des conceptions de la vie.

« Le voyageur passe. Son espace est un vécu traversé, jamais territoire clos ou borné, mais identité souple sans projection figée sur soi : c’est en eux que se trouvent le territoire des Tsiganes. »

Jean-Pierre LIEGEOIS, id.

Voyage et sédentarisation ne s’opposent pas. Ils sont souvent les deux faces d’une seule et même réalité, celle de ces voyageurs saisonniers qui, quelque part, ont un point d’ancrage territorial d’où ils partent et reviennent sans cesse.

Pour les gens du voyage, le voyage a deux fonctions principales :

Une fonction sociale : dans un premier temps, il permet la rencontre avec le semblable, avec différentes personnes d’une même « communauté » afin de partager des traditions, des rites. La rencontre peut se faire aussi au hasard du voyage. C’est alors la vie de nomades qui est partagée, « on retrouve des connaissances, de la famille et on décide de faire un bout de chemin ensemble… ». Enfin, le voyage permet aussi la rencontre avec l’individu différent. Ainsi, les Voyageurs renforcent leur identité culturelle en la confrontant à celles d’autres cultures.

Une fonction économique : dans la tradition, les gens du voyage ont des métiers basés sur l’indépendance, qui demandent une prospection intensive impliquant un mode de vie voyageur, à la recherche de la clientèle. Le voyage entre aussi dans une conception de la vie propre aux Voyageurs.